“Biotech Ambassadors” : la géopolitique des OGM

En matière de nucléaire, il est possible de parler de géopolitique de l’atome, ou encore de Président-VRP (Vendeur-Représentant-Placier), en ce sens que la politique extérieure française est fortement orientée vers la promotion de l’énergie nucléaire civile et de l’expertise des entreprises françaises dans ce domaine. Il semblerait qu’il en aille de même en ce qui concerne cette fois la promotion des organismes génétiquement modifiés (OGM) par les Etats-Unis d’Amérique.

Telle est ainsi l’analyse faite par l’association Food & Water Watch, qui se base notamment sur 926 câbles diplomatiques du Département d’Etat américain (l’équivalent du Ministère français des affaires étrangères). Pour rappel, en 2010, l’organisation WikiLeaks avait divulgué près de 250000 câbles diplomatiques. Si les journaux se sont fait l’écho des éléments les plus croustillants (l’opinion qu’ont les diplomates américains de certains dirigeants) ou plus sérieux (la mise en danger d’agents américains présents sur des terrains de conflit), d’autres champs d’analyse n’ont été exploités que tardivement comme le démontre un rapport de Food & Water Watch datant de Mai 2013. Sans nous pencher sur les arguments pro ou anti-OGM, nous nous intéresserons ici uniquement aux considérations relatives aux interactions entre l’industrie des biotechnologies et l’administration américaine, ainsi qu’aux impacts en termes de prise de décision (Policy-making) et donc d’évolution du droit.

Selon l’association, il s’agit d’une véritable opération de lobbying lancée par le Département d’Etat américain. Quatre points principaux sont soulignés par l’association : les Etats-Unis emploient plusieurs techniques de promotion des OGM à l’international (conférences, aides au développement,), ils défendent les intérêts de l’industrie des biotechnologies, influencent les pays en voie de développement et, enfin, cherchent à faciliter les exportations d’OGM. Food & Water Watch dénonce ainsi une diplomatie au profit des entreprises (corporate diplomacy) déguisée en diplomatie scientifique (science diplomacy). Parmi les actions du Département d’Etat, l’association retient notamment l’opposition systématique à la labellisation des produits OGM, l’influence sur la rédaction d’un cadre juridique pour les OGM au Kenya ou encore les pressions sur l’Union européenne, par le biais de l’Organisation mondiale du commerce.

Une fois de plus, le droit de l’environnement est à la croisée des mondes : la géopolitique, l’économie et la science. Que l’on soit pour ou contre les OGM, ce rapport a le mérite de mettre en lumière les interactions entre la politique étrangère d’un Etat et la défense d’intérêts privés, le but étant  d’influencer directement et indirectement les cadres juridiques nationaux.

Le rapport complet est disponible ici.

JO

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